26 juin 2010
Source France Soir du 26/06/2010
Dominique Paillé : "C’est le devoir de la majorité de soutenir Eric Woerth"
Propos recueillis par Anita Hausser 26/06/10 à 06h21
Conseiller à l’Elysée, Dominique Paillé est secrétaire national adjoint et porte-parole de l’UMP
France-Soir. Porte-parole de l’UMP, vous êtes amené à défendre quoi qu’il arrive le président de la République et le gouvernement. Franchement, n’est-ce pas, par moments, ingrat ?
Dominique Paillé. Si on ne partage pas les engagements du gouvernement, on n’a rien à faire dans cette fonction !
F.-S. Depuis que le contenu du projet de réforme des retraites est connu, le mécontentement s’est accru dans le pays. Jeudi, il y aurait eu, selon les syndicats, 2 millions de personnes dans la rue.
D.P. Nos concitoyens savent que le recul de l’âge légal de départ à la retraite est incontournable. Mais ils veulent être sûrs que cette réforme salutaire sera juste. Ce sera d’autant plus vrai que nous pourrons, dans les semaines qui viennent, faire évoluer, comme le dit le président de la République, la question de la prise en compte de la pénibilité, l’emploi des seniors ou la situation des poly-pensionnés. Il s’agit de questions sensibles que seule la majorité a le courage et la lucidité d’aborder et de traiter.
F.-S. François Fillon est monté au créneau pour prendre la défense d’Eric Woerth mis en cause par la gauche dans le cadre de l’affaire Bettancourt où on évoque de possibles fraudes fiscales. L’autorité du ministre du Travail n’est-elle pas entamée ?
D.P. Tout cela est fait pour l’affaiblir. C’est le devoir de la majorité de le soutenir pour affronter ce type d’adversité pernicieuse et harcelante, qui se veut déstabilisante. Car voilà un ministre, parmi les plus talentueux, en charge d’une réforme fondamentale et qui, tout à coup, est confronté à de pseudo-révélations livrées en pâture à l’opinion : c’est une drôle de coïncidence ! Et c’est surtout un procédé profondément inadmissible, car cela vise à salir un homme sans aucune preuve, un homme dont l’honnêteté et la probité n’ont jamais été mises en cause durant toute sa carrière. A travers Arnaud Montebourg le PS s’est lancé dans une surenchère polémique pitoyable. Ceux qui connaissent bien le ministre du Travail savent que toutes ces accusations sont évidemment sans fondement. D’ailleurs certains ténors socialistes – plus lucides et plus responsables, à l’instar de Jérôme Cahuzac, le président de la commission des Finances de l’Assemblée – reconnaissent un honnête homme en Eric Woerth, tout comme son prédécesseur Didier Migaud qui avait eu, par ailleurs, connaissance du listing des fraudeurs fiscaux.
F.-S. Admettez que cela tombe tout de même mal dans le climat de tension politique provoquée en partie par quelques ministres pas forcément exemplaires !
D. P. J’aimerais effectivement qu’il y ait moins de pollutions de cette nature afin que, derrière le président de la République, le gouvernement et la majorité puissent se concentrer totalement à la mise en œuvre de sa politique pour le bien de tous. Mais, en politique, rien n’est jamais écrit à l’avance. L’art politique, c’est de pouvoir gérer les aléas tout en ne s’écartant jamais de son objectif initial : l’intérêt général.
F.-S. Avez-vous choisi d’ignorer Dominique de Villepin, qui vient de créer son propre parti ?
D. P. Nous n’ignorons personne. Dominique de Villepin a une stratégie strictement personnelle qui passe par une candidature en 2012. Or 2012, ce n’est pas, aujourd’hui, la préoccupation des Français. Ce n’est pas également la nôtre. Nous sommes dans l’action et nous essayons de conduire le pays vers la sortie de crise dans les meilleures conditions. Pour moi, l’objectif prioritaire, c’est la pédagogie des réformes et notamment celle des retraites.
F.-S. Les Français, qu’ils soient ou non partisans des réformes, voient aujourd’hui leur pouvoir d’achat rogné. Ce climat politique crée-t-il de bonnes conditions pour la réélection de Nicolas Sarkozy ?
D. P. Tous les passages de mi-mandat sont délicats… La troisième année a été difficile pour tous les présidents de la République. Mais la lucidité conduit à un double constat. 1. Le président de la République est à la barre. Il prend des mesures difficiles, mais dans l’intérêt de tous. Ces mesures peuvent apparaître douloureuses dans l’immédiat mais après une analyse objective, je suis sûr que nos concitoyens les considéreront comme salvatrices. Attendons donc l’heure du bilan, avant de tirer des conclusions définitives. 2. Les idées de la gauche, c’est quoi ? C’est uniquement de pressuriser les classes moyennes en prélèvements et en impôts. On le voit par exemple pour les retraites ou dans le projet économique de la gauche, où il n’y a qu’une idée à retenir : la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu. Quand on sait que seulement la moitié des foyers paye l’impôt sur le revenu, on en mesure, pour eux, les conséquences négatives ! Par conséquent, à l’heure du choix et quels que soient les candidats, les Français confronteront les projets. Nicolas Sarkozy, s’il est candidat, aura deux atouts en 2012 : il aura tenu ses engagements et le cap pendant la tempête.
F.-S. Après le cinglant échec de l’équipe de France en Afrique du Sud des voix s’élèvent pour dire que les joueurs, en réalité, n’aiment pas leur pays…
D. P. Porter les couleurs de la France oblige à un comportement responsable et digne. Face à cette obligation, les joueurs ont failli. L’entraîneur a démontré son incapacité à exercer sa fonction. Mais, au-delà, les dirigeants de la FFF (et notamment leur président) doivent assumer leurs responsabilités dans l’honneur. Ils doivent partir. C’est la faillite d’un système qu’il faut aujourd’hui reconstruire sur de nouvelles bases. L’équipe de France est une référence pour beaucoup de nos jeunes. Elle est dépositaire d’une ambition collective qu’elle porte au nom de toute une population. Son naufrage appelle une reconstruction qui ne peut pas reposer sur la seule arrivée d’un entraîneur. Dans ce contexte, l’intervention du président de la République est totalement justifiée.
F.-S. Le Premier ministre doit-il rester en place jusqu’en 2012 ?
D. P. Ce n’est pas moi qui décide, mais les qualités du Premier ministre sont telles – il l’a prouvé très largement depuis trois ans – qu’il me semble être en mesure, si le Président le décide, de poursuivre sa mission.